Vendredi soir, le 19 Juin 2026, la salle numéro 1 du Cinéma du Parc était pleine à craquer. C’était le dernier soir du tour canadien du film Our Hero, Balthazar, et la toute petite équipe de WG Productions, son distributeur, sortait de grosses valises noires les t-shirts et les posters pour après la projection, enchantés des gros canapés en velours et du look classico-classique du Cinéma du Parc, dans le sous-sol d’un tout petit centre d’achat de la rue éponyme.
Ça fait presque deux semaines qu’ils sont entassés, avec le producteur et réalisateur Oscar Boyson, dans une Toyota Tacoma et qu’ils roulent entre les cinémas de la côte Est où le film passe en projections indépendantes. La salle numéro 1 vibre presque d’anticipation, et du plaisir d’aller voir des films au cinéma. Le concept de production et de distribution de films indépendants, de cinéma pour l’amour du cinéma, a le goût un peu punk et un peu nostalgique des années 80 et d’une façon révolue de faire de l’art.
Après la projection du film, une comédie grinçante qui a le goût d’un American Psycho pour la génération Z, la salle reste pour un quizz organisé par le Cinéma du Parc, un Q&A avec Boyson modéré par l’animateur montréalais UMAMI. Puis plus de discussions à la sortie, des échanges de numéros de téléphones, des t-shirts imprimés par des artistes et les posters de Sam de @spookystrash, des clopes à la sortie du cinéma, sous les quelques gouttes de la pluie fraîche caractéristique de l’été montréalais. Est-ce que le cinéma pourrait toujours être comme ça?

Our Hero, Balthazar (2025)
Dans un monde tristounet d’intelligence artificielle et de guerres filmées entièrement sur des téléphones cellulaires (est-ce qu’ils sont satellites, maintenant?) le film de Boyson, écrit avec un de ses meilleurs amis d’enfance et produit avec un tout petit budget, est une sorte d’American Psycho pour le 21ème siècle.
Balthazar (Jaeden Martell), un riche cry-fluencer new yorkais habillé en Y3 et avec le charme angoissant d’un mini-sociopathe, se lie d’amitié avec Solomon (Asa Butterfield), un redneck du Texas qui a du mal à contrôler sa colère dans un monde pourri où il se sent persécuté. Après une série de messages sur les réseaux sociaux, articulés autour de la menace de Solomon d’aller faire une fusillade dans une école.

Rien n’est aussi réel que le bonheur que les deux garçons ressentent quand ils tirent avec des armes d’assault, avec la main sur la hanche pour montrer comment ça marche. Le reste, par manque de connection ou par manque d’effort, est délicieusement décalé et un peu triste aussi. Les voitures de merde, les trolls sur les réseaux sociaux, la pauvreté et personne n’arrive à pleurer pour de vrai jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Et, à la fin, c’est ceux qui ne ressentent rien qui gagnent – évidemment.
La salle numéro 1 du Cinéma du Parc hurle de rire pendant le film, et après tout le monde discute d’un gars qu’ils n’ont pas vu depuis quelques années, un gars un peu triste et un peu incel (les célibataires involontaires qui haïssent les femmes parce qu’elles ne veulent pas coucher avec eux) qui a probablement mal tourné et qui vit dans le small-town-America où on ne veut surtout, surtout pas retourner.
Pourtant, les petites villes et les petites salles de cinéma sont au centre du « tour » organisé par la distribution, qui met l’accent sur les petits cinémas et les petites villes pour trouver une communauté qui devient très vite fan et cinéphile comme dans les films des années 80.
Le modèle de distribution est très small-town-charm et complimente le film et le sublime d’une façon qui est assez rare ces temps-ci. La satire de Boyson est parfaitement à sa place dans les cinémas d’art et d’essai, et dans la great american indie experience dont la Génération Z rêve en couleurs sur TikTok et que les milléniaux avaient relégué, avec une seule larme qui coule sur la joue, à la mélancolie de l’adolescence.
On le voit où?
Le film sortira bientôt en salles, au mois de Juillet 2026, à Montréal et partout au Canada. Pour en savoir plus sur le film, c’est ici.