« Je m’appelle Miss Chief Eagle Testickle et je viens des étoiles » – Miss Chief Eagle Testickle
Dans le patchwork chaotique de la scène artistique contemporaine, entre les installations, le PVC, les dessins naïfs, les céramiques et le deco revival, l’oeuvre de Kent Monkman rappelle l’art avec un grand A -avec un twist.
Du 27 septembre 2025 au 8 mars 2026, le Musée des Beaux-Arts de Montréal consacre une exposition solo à l’artiste. 40 tableaux monumentaux de Monkman y sont rassemblés – une rare et impressionnante exposition qu’on recommande de voir pour ses thèmes, pour sa beauté et parce que Kent Monkman est probablement l’artiste le plus important de sa génération.
Kent Monkman, Miss Chief Eagle Testickle et l’histoire
Quand les peintres pré-raphaëlites du 19ème siècle ont commencé à imiter les oeuvres hyper-dramatiques de la Renaissance en y rajoutant des fées, des personnages de poèmes romantiques, des légendes et beaucoup de pop culture, ça a créé une onde de choc dans le monde de l’art. La modernisation de la moralité médiévale était repeinte avec la sensualité de l’époque.
Kent Monkman, lui, imite et subvertit la peinture historique et la peinture de guerre pour déconstruire les discours coloniaux qui y étaient dépeints. Il s’inspire d’oeuvres de ce que l’Académie Royale de peinture et de sculpture de Paris a nommé « peinture historique » au 17ème siècle. Ce sont des peintures de grand format avec des sujets historiques, mythologiques ou religieux
Kent Monkman est autochtone, membre de l’ocêkwi sîpiy, Nation crie de Fisher River sur le territoire du Traité 5 au Manitoba. À travers ses oeuvres et son alter ego, Miss Chief Eagle Testickle, il réinterprète l’histoire coloniale du point de vue autochtone avec humour et poésie.

On voit Miss Chief Eagle Testickle en talons hauts (Louboutin, souvent) en Miss America, en présence archangélique dans une prison pour femmes autochtones, en peintre devant un paysage classique, ramenant des enfants à leurs familles après qu’ils aient été amenés de force dans les pensionnats autochtones.

Contemporain et romantique
Le Musée des Beaux-Arts parle d’une « réappropriation visuelle » pour qualifier son travail, et le what if des scènes presque mythologiques de Kent Monkman est aussi jouissif que déchirant.
En plus du passé colonial Américain et Canadien, Monkman explore aussi des thèmes plus contemporains -par exemple à la déforestation, l’exploitation abusive des territoires, l’activisme autochtone. Il consacre une série d’oeuvres à des protecteurs et protectrices, des activistes et des événements récents.
Le romantisme de son style de peinture élève les luttes autochtones, qui sont peu représentées dans les médias autre que pour leurs moments les plus violents et les plus dramatiques, au rang de batailles sacrées.

La richesse de cette rétrospective, la taille monumentale (émotionnelle, aussi) des oeuvres de Kent Monkman et l‘importance de (re)voir l’histoire coloniale qui a formé les États-Unis et le Canada d’aujourd’hui du point de vue autochtone, seuls, sont assez pour qu’on recommande chaudement cette exposition.
Infos Pratiques
Où? au Musée des Beaux-Arts de Montréal, 1380 rue Sherbrooke Ouest
Quand? du 27 septembre 2025 au 8 mars 2026, ouvert du mardi au dimanche de 10h à 17h
Combien? 31$ pour les 26 ans et plus, 15,50$ les mercredis soirs, gratuit pour les 25 ans et moins, les membres des communautés autochtones et les personnes handicapées et leur accompagnateur
Bonne exposition!