En 2015, pendant la Biennale d’Art Contemporain de Venise, j’entre dans le pavillon du Japon et pendant quelques secondes je n’en pense rien, entourée de milliers de fils rouges qui plongent dans deux barquea, recouvrent les murs, le plafond, serrés pour faire disparaître les angles durs de l’espace et décorés de milliers de clés. Et, tout d’un coup, j’ai les larmes aux yeux, j’ai du mal à quitter le pavillon -je voudrais rester un peu.
C’est l’effet que fait le travail de Chiharu Shiota, une sorte de malaise sublime qui ressemble beaucoup à une séance de thérapie. Quand elle parle de son travail, elle dit « j’ai créé cette installation à partir de mon corps ».
Cet automne, à partir du 26 Septembre 2026, le Musée des Beaux-Arts de Montréal accueille une rétrospective du travail de Chiharu Shiota, pour la première fois en Amérique du Nord. Chiharu Shiota était présente pour le dévoilement de cette expo, qui se lit comme un journal intime de l’âme -elle a tissé toutes les installations elle-même, in-situ.

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LE ROUGE, LE CORPS, L’ÂME
Chiharu Shiota, artiste japonaise ayant fait ses classes d’art à Berlin -et avec l’iconique Marina Abramović- a travaillé la peinture d’abord, puis est passée à la performance, à la sculpture et à l’installation. Mais, toujours, elle travaille sur la dichotomie du corps et de l’âme, de la présence et de l’absence, des connections immatérielles de l’humanité.
Ses installations de fils, dont la pièce tissée de rouge Key in the hand (2015) qui m’a fait pleurer à Venise, ressemblent un peu aux vaisseaux sanguins du corps, ou au micellium qui relie les racines de tous les arbres d’une forêt.
Au Musée des Beaux-Arts, cet automne, on le voit -et le ressent- dans l’installation Voyage Incertain.
« Les connections invisibles doivent être rouges -la couleur du sang. Rouge, c’est le sang. Noir, c’est le ciel de nuit. […] La couleur n’a pas de sens, mais j’ai besoin de sens. » Chiharu Shiota, conférence de presse pour l’ouverture de l’exposition Les Frémissements de l’âme, Sept 2026

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UN JOURNAL INTIME DE L’EXPÉRIENCE HUMAINE
Deux cancers, dont elle est guérie aujourd’hui, ont nourri cette dissociation du corps et de l’âme. Chiharu Shiota sépare son âme de son corps meurtri, sa peau de son corps, des parties de son corps.
Son travail de performances, dont le viscéral Becoming Painting (1994) et le sublime court-métrage Bathroom (1999) sont à voir en début de l’exposition. On peut aussi voir ses sculptures, ses dessins et ses décors réalisés pour le théâtre et l’opéra.

À travers les pièces, on passe du corporel aux tribulations poétiques et aux installations émotionnelles pour lesquelles l’artiste est la plus connue aujourd’hui.
L’exposition, que Chiharu Shiota compare très simplement à sa vie, est une vraie rétrospective en rouge et noir des 30 dernières années du travail de l’artiste, et à voir absolument cet automne.
En plus de l’exposition, le Cinéma du Musée va présenter des films sélectionnés par l’artiste;
- BOY MEETS GIRL (1984) de Leos Carax / Dimanche 27 Septembre, 12h
- DOGVILLE (2003) de Lars Von Trier / Dimanche 25 Octobre, 12h
- THEATER OF THOUGHT (2022) de Werner Herzog / Dimanche 6 Décembre, 12h
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INFOS PRATIQUES
Où? Musée des Beaux-Arts, au 1380 rue Sherbrooke Ouest
Quand? du 26 Septembre 2026 au 14 Février 2027
Comment? 32$ pour les 26 ans et plus, 16$ les mercredis soirs / gratuit pour les 25 ans et moins, les membres des communautés autochtones et les personnes handicapées et leur accompagnateur
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